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4 questions à Frederik Metayer, Directeur du Centre Social de Vaise

4 questions à Frederik Métayer, auteur du mémoire de recherche « L’engagement des administrateurs, une expérience de l’agir ensemble. Une approche anthropologique de parcours de vie au regard du cadre réglementaire des centres sociaux. », paru en décembre 2019 et directeur du centre social Pierre Augier (Vaise-Lyon 9e).

 

  • Après des années d’expérience professionnelle au sein des centres sociaux et étant directeur d’un centre social portant de belles initiatives, pourquoi ce souhait de reprendre une formation pour valider un Diplôme d’Etat d’Ingénierie Sociale (DEIS ?)

En prenant le poste de directeur au centre social de Vaise,après des années à exercer en centre social en région parisienne ou dans le monde rural, j’ai été très agréablement surpris par l’équipe et la dynamique en place ici. Le lien avec la Fédération m’a aussi beaucoup plu car nous sommes très soutenus et nos projets sont valorisés. Ces équipes chevronnées et bien formées m’ont donné envie d’aller chercher la « bonne » place de directeur. Le diplôme d’ingénierie social m’est apparu comme le plus pertinent et la pédagogie dispensée par le centre de formation (le Collège Coopératif) est en accord avec nos principes d’éducation populaire.

Les formations autour de la recherche sont des occasions privilégiées  de prendre du recul sur le travail du quotidien. Faire une formation en cours de carrière est intéressant, on part de la pratique pour faire un détour en théorie et revenir appliquer nos résultats de recherche sur la pratique. C’est une autre approche des études que lorsque l’on se forme en continu après le bac.

  • Durant votre travail d’enquête et de rédaction, vous évoquez de nombreuses fois les circulaires CNAF, qu’en avez-vous retiré ?

Je suis parti d’un lieu commun : la France est un lieu de réglementation et d’un ressenti : les circulaires de la CNAF mises en place sont des contraintes. Cependant, en étudiant plus en profondeur ces écrits, on se rend compte que peu de choses sont formalisées. Si on regarde de plus près la circulaire de 1961,elle indique qu’il convient de ne pas préciser le rôle des administrateurs car c’est plutôt contraire à l’esprit des centres sociaux. En réalité, les circulaires précisent de plus en plus le rôle des … directions. Le poste de directeur de centre social est par exemple défini sur une fiche métier de 4 pages !

J’ai été bousculé dans mes idées reçues. Le cadre réglementaire de la CNAF est passionnant, les textes promeuvent totalement l’éducation populaire et ne vont aucunement à l’encontre des valeurs des centres sociaux.

Ce cadre est la mémoire de la philosophie des centres sociaux mais également un garant de la finalité des projets des centres sociaux.

  • Si l’on reprend votre hypothèse de base, le capital culturel [1] est-il l’élément bloquant pour s’investir dans un bénévolat administratif au sein des centres sociaux ?

Pour mon travail de recherche, j’ai cherché à comprendre « Pourquoi, alors que le centre social a vocation à être administré par ses adhérents, le conseil d’administration n’est il pas représentatif des communautés utilisatrices ? ». Je pensais alors que les fonctions d’administrateurs n’étaient pas occupées par tous les publics à cause du capital culturel. Je n’ai que partiellement validé mon hypothèse de recherche, à savoir que oui, les administrateurs ont souvent un capital culturel assez élevé. Néanmoins, rien dans les textes n’oblige à avoir un fort capital culturel ou un haut niveau d’études. En étudiant le profil des bénévoles -j’en ai étudié 6 de manière très approfondie – on se rend compte que ce qui les rassemble c’est surtout la sensibilité à l’injustice sociale. Pour moi, ce qui est indispensable à l’engagement au sein d’un CA c’est d’avoir la bonne raison d’agir. Car on peut toujours se former si on a un défaut de compétences, mais la raison de l’engagement, elle, est fondatrice. 

  • Durant vos mois d’enquête, quel est l’élément qui vous a le plus frappé ?

Le plus marquant a été de me rendre compte qu’à travers un travail de recherche lié à une expérience professionnelle et des intuitions, on peut produire de nouveaux éclairages en respectant une démarche scientifique. C’est à la fois troublant et enthousiasmant, on se rend compte qu’il n’y a pas de dichotomie entre les professionnels sur le terrain et les universitaires. 

Ce qui m’a ensuite marqué, c’est l’accueil que j’ai reçu au sein de mes différents terrains. Cette facilitation d’enquête m’a vraiment fait chaud au cœur et j’ai retrouvé là l’ADN des centres sociaux, à savoir ce sens de l’accueil et de la convivialité.

 

[1] Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, La Reproduction, 1970, Editions de Minuit, 284p. Le capital culturel désigne l’ensemble de savoirs transmis par les différentes actions pédagogiques familiales. Ainsi chacun ne dispose pas du même capital culturel.

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